Vingt quatre heures Normandes en QK

Voilà plusieurs semaines maintenant que j’ai réservé le QK pour un Rethel Deauville Rethel. Le départ est prévu le samedi 30 juin 2018 vers midi pour un retour le lendemain après-midi. Pour les pages «Gala ou Voici», je pars avec Annick mon épouse, nous fêtons nos 30 ans de mariage et retrouvons un couple d’amis qui assurent l’accueil sur place et les trajets en voiture.

J’ai préparé ma nav. JFD me conseille de passer par le nord des grandes villes pour profiter du VOR et éviter de descendre sous la TMA de Paris au sud de Compiègne.

Les derniers jours seront perturbés par des Notams signalant l’absence d’Avgas sur Deauville pendant le week-end et la fermeture temporaire du parking et du taxiway herbe, ce qui réduit à 6 les places disponibles. Après quelques coups de fils, je change mes plans et prévois d’avitailler sur Le Havre. Il n’est pas exclu qu’un ppr soit demandé pour réserver une place de parking. Finalement, les Notams s’évaporent sous le soleil d’été. La pompe Avgas est réparée plus vite que prévu et le parking herbe est tondu à temps. Seul le taxiway herbe restera fermé. Exit plan B, ppr, prise de tête et retour à ma nav initiale.

Côté météo, la situation est plus que favorable. Une zone de hautes pressions diffuse du soleil à profusion et les températures flirtent avec les 30 degrés. Néanmoins l’anticyclone glisse doucement vers les Açores. Mon trajet suit une ligne d’isobares qui fondent lentement au soleil au fil des heures. Un front peu actif venant d’Espagne en profite pour glisser lentement vers le nord le long de la côte atlantique.

Comme prévu nous décollons un peu avant 13h00 sous le cagnard. La cabine est un vrai sauna. Les buses d’aérations diffusent des bouffées d’oxygène rafraîchissantes. On évite par le sud le camp de Sissonne. Le VOR MTD nous tire puis nous pousse sur le radial qui nous permet de passer nord Soissons, Compiègne, Beauvais, Rouen. L’atmosphère cotonneuse est chargée de brume de chaleur. Toutes les fréquences sont saturées. Tout ce qui est en état de voler est de sortie, DR 400 et PA 28 en veux-tu en voilà, planeurs, autogires, charters de compagnies, voltigeurs, Ulmistes, etc. On profite des précieux conseils du contrôleur pour croiser un DR 400 volant même altitude cap opposé qui nous arrive tout droit dans le cône d’hélice. Avec cette brume de chaleur et malgré notre vigilance, on ne l’aperçoit qu’au dernier moment alors qu’il nous croise furtivement sur nos trois heures avec un espacement plus que raisonnable.

Déjà l’horizon se teinte d’un beau bleu azuré. Deauville nous autorise une entrée cap vers la côte au niveau de Fécamp pour un survol des falaises d’Etretat. Le trait de craie blanche nous mène jusqu’au terminal pétrolier qui dessine un grand arc de cercle dans la mer. On longe le Havre pour rejoindre le secteur de St Romain, on rejoint la Seine au niveau du pont de Tancarville en survolant la réserve naturelle, NG, la confluence Risle Seine, puis ED, le pont de Normandie. On tire le gros lot en intégrant la vent arrière pour la 12 avec le N°1, on signale qu’on aura besoin du camion pour avitailler. Base au dessus des vagues et finale sur cette longue piste de 2550 m. Les roues ont à peine touché le tarmac que le contrôleur annonce déjà un N°5 en attente. Une fois la piste dégagée, on suit un Marshaller en pick-up jaune fluo qui nous emmène sur le parking herbe de aéro-club. Le placeur, descend de voiture et fini de nous guider en réalisant un ballet de bâtons lumineux.

On est N°2 à l’avitaillement, derrière un Airbus A320 qui se gave de 14 tonnes de jet A1, soit environ 17500 litres. Notre DR 400 se contente d’un modeste 50 litres d’Avgas. On paie le carburant et les taxes. A nous les planches, le sable chaud et l’aile de raie aux câpres nageant dans son beurre noisette. Les cornes de brumes claironnent. La France vient d’éliminer l’Argentine en huitième de finale de la coupe du monde.

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Nous visitons dimanche matin WD, le mont Canisy, un des points d’entrées de la CTR par la côte. On serpente entre les ouvrages qui faisaient partie du Mur de l’Atlantique, casemates, bunkers, encuvements de canon de 155 mm. Témoignage émouvant de la bêtise humaine.

Le radar météo qu’on surveille du coin de l’œil, nous rappelle qu’il est temps de repartir. Nous n’avons vraiment pas envie de tirer le chat par la queue et de rester bloqué à Deauville. Des grains peu actifs frôlent l’aéroport, une brume de mer se lève, l’horizon se noie entre mer et ciel.

La salle d’embarquement grouille de vacanciers qui attendent d’embarquer pour Fuerteventura. Un petit coup de sonnette à la porte « vols privés », l’interphone libère la gâche électrique. Après un contrôle du règlement des taxes d’atterrissage et de stationnement, ainsi que la validité de ma licence, on accède directement au parking.

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Mise en route, roulage point B, essais moteur. Un Boeing 737 se pose majestueusement, la tour nous on autorise à rouler pour s’aligner sur la 30 pendant que l’avion de ligne remonte la piste après avoir fait demi tour sur une raquette. Le 737 dégage la piste devant nos yeux et le contrôleur nous donne le feu vert pour une mise de gaz. Décollage, on quitte la CTR par EG à 3000 pieds, on demande un cap pour contourner Rouen par le nord en survolant les derniers méandres de la Seine.

On a l’impression qu’il y a encore plus de monde en l’air que hier après-midi. On jongle avec pas moins de sept fréquences sursaturées. A Beauvais le contrôleur nous demande de servir de relais radio pour communiquer avec un avion AY en sortie zone qui se glisse à 1400 pieds sous la TMA de Paris. En ces belles journées d’été, les communications s’enchaînent constamment sur les fréquences, sans une seconde de répit. Les contrôleurs des CTRs et des SIVs sont à l’écoute, courtois, ne se formalisent pas pour les petites erreurs des uns et des autres. Aide précieuse pour la navigation et notre sécurité.

Déjà notre voyage s’achève, le paysage redevient familier, au loin le club house fraîchement repeint scintille dans le soleil rasant. Le lycoming s’étouffe dans un air appauvri. On clôture notre navigation pleine d’enseignements. Chaque vol pose une pierre sur le cairn de ma petite expérience. On quitte l’aéroclub avec des souvenirs plein la tête en pensant déjà au prochain vol.

Luc M.

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